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Désherbage du blé tendre: quelle stratégie adopter?

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La stratégie de désherbage s’anticipe bien avant vos semis de blé tendre. Au fil des années, les graminées telles que le ray-grass ou le vulpin causent de nombreux problèmes de résistance face aux différents désherbants chimiques. Il est dans l’intérêt de votre production de limiter la sélection d’adventices résistantes. La chimie rend de grands services mais ne peut à elle seule tout résoudre. C’est la mise en œuvre de différentes techniques comme la succession des cultures, le travail du sol et la lutte chimique qui permettent de contrôler les adventices. Le désherbage peut être considéré comme une charge de structure puisqu’il est indispensable de maîtriser les mauvaises herbes sur une parcelle. C’est pourquoi Agriconomie vous propose différentes stratégies de désherbage.

Reconnaitre les adventices présentes

S’il y a bien une donnée indispensable pour définir sa stratégie de désherbage, c’est la connaissance des adventices de la parcelle. Cette connaissance des mauvaises herbes permet de lutter efficacement. Ainsi vous pourrez :

  • Prévoir les interventions à la bonne période
  • Fixer des priorités d’actions sur les adventices les plus problématiques
  • Intervenir avec la bonne solution technique

Pour cela, il est indispensable de les identifier afin de déterminer les périodes de levée préférentielle ou de reprise de végétation des mauvaises herbes à combattre. Les organismes Terres Inovia, l’ACTA, AgroSup Dijon, ARVALIS‐Institut du végétal, la FNAMS, l’INRA, l’ITAB et l’ITB proposent gratuitement un outil d’identification sur le site suivant, libre d’accès : http://www.infloweb.fr/. Cet outil rassemble et synthétise de façon pédagogique des connaissances scientifiques et techniques sur plus de 40 adventices majeures des grandes cultures. Vous pourrez ainsi avoir accès à des descriptions botaniques, des photos, des explications sur les affinités vis-à-vis des milieux et des cultures, leur nuisibilité ou les facteurs favorables à leur extension.

La rotation conditionne la flore adventice

La gestion des adventices n’est pas seulement préoccupante pour la culture implantée mais pour l’ensemble de la rotation. La rotation constitue donc le premier levier agronomique de lutte. Grâce à l’alternance des cultures d’automne et de printemps ou de cultures de graminées et de dicotylédones, le cycle de développement des adventices est cassé. De ce fait, certaines mauvaises herbes seront dans l’incapacité de se développer par l’étouffement de la culture ou par décalage de leur période de levée préférentielle. Par ailleurs, les rotations permettent de faire varier les familles chimiques de désherbant et ainsi de limiter le développement de résistance chimique. Les familles chimiques sont aussi appelées des groupes HRAC.

Les facteurs qui influencent l’émergence de résistances sont l’utilisation très régulière d’herbicides aux mêmes modes d’actions. Cela favorise la sélection des individus les plus résistants présents dans la parcelle, en particulier dans des systèmes de monoculture ou de rotations courtes. Par la suite, le danger est la multiplication des individus résistants. 

Le faux semis

La technique du faux semis est très intéressante pour lutter contre les adventices à levée automnale telles que le vulpin et le ray-grass. Il effectue un travail superficiel du sol, moins de 5 cm de profondeur, qui a pour objectif de stimuler la levée des adventices puis de les détruire avant l’implantation de la culture. 

Il est possible de détruire mécaniquement ces adventices grâce à des outils à dents de type vibroculteur et cultivateur à 3 ou 4 rangées de dents. Les conditions météo lors de l’opération et des jours suivants sont essentielles. Il faut intervenir avant 2 à 3 jours sans pluie pour permettre un bon dessèchement des plantes et donc d’enrayer le risque de repiquage. En conditions humides, l’emploi du glyphosate est meilleur, surtout lorsque cette application se réalise juste avant le semis de la culture.

Sa réussite repose donc sur le choix de bons outils, sur les adventices ciblées et reste dépendante des conditions climatiques. Toutefois, la technique ne fonctionne que sur les adventices en mesure de germer durant la période de réalisation du faux-semis. Lorsque le faux-semis est réussi, il faut éviter les relevées au moment du semis de la culture. Il est conseillé de laisser au maximum trois semaines entre le dernier faux-semis et le semis de la culture.

Le décalage de la date de semis

Plusieurs adventices apparaissent à l’automne, particulièrement en octobre pour le vulpin par exemple. Lors de la préparation des semis, le lit de semence qui permet la bonne levée des semences est aussi avantageux à celle des adventices. En décalant la période de semis du blé tendre à une date défavorable à la levée des adventices, mi-octobre pour le vulpin par exemple, le nombre d’adventices dans la parcelle sera inférieur. Par rapport à un semis réalisé fin septembre, un décalage de 15 jours peut réduire de plus de 70 % l’infestation en vulpins. De même, on réduira le stock semencier dans la couche superficiel du sol.

Le décalage de la date de semis est approprié aux adventices automnales et plus particulièrement aux graminées : brome, vulpin ou ray-grass. En revanche, cette technique sera très peu performante d’autres espèces à germination tardive comme les véroniques à feuilles de lierre par exemple ou à germination indifférenciée telles que matricaire ou pâturin annuel. Le décalage de la période d’implantation augmente également le risque de conditions de semis moins favorables voire défavorables. Cela peut donc avoir une incidence sur le potentiel de rendement.

Le labour

Le labour est une solution efficace pour enfouir en profondeur le stock semencier superficiel. Les graines à faible durée de vie vont dépérir, si toutefois elles ne sont pas remontées à la surface l’année suivante. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas labourer tous les ans afin de ne pas remonter ces graines viables. Afin de laisser le stock semencier se détruire naturellement, il est conseillé de ne pas re-labourer pendant les 3-4 ans qui suivent l’enfouissement. Avec le labour, on estime qu’on laisse seulement 10% des graines dans l’horizon de surface contre 90% avec un travail superficiel type déchaumage.

Il est bien entendu possible de maintenir la situation saine en labourant tous les ans, à condition de bien maîtriser le désherbage à chaque campagne pour ne pas diluer le stock grainier sur toute la profondeur du labour.

Le désherbage mécanique

Le désherbage mécanique dans le blé tendre avec une herse étrille ou une houe rotative demande quelques précautions. Il est possible plusieurs fois à des stades de différents : de la prélevée jusqu’au stade 2 nœuds, sauf en période de levée ‐ 1 feuille. En  prélevée, la performance de la herse étrille ou de la houe rotative est incontestable sur les mauvaises herbes au stade filament voire 1 feuille pour la herse étrille. Cette intervention peut suppléer un désherbage chimique à l’automne avec satisfaction si les conditions météorologiques sont favorables. Les conditions adéquates au désherbage mécanique sont les suivantes : 

  • Intervenir en condition sèche avec 2 jours sans pluie après le passage pour limiter le repiquage
  • Effectuer des passages sur les adventices jeunes, dès le stade fil blanc
  • Prévoir une augmentation des densités de semis de l’ordre de 10% à 15% pour compenser les pertes
  • Travailler sur un sol parfaitement nivelé pour obtenir une profondeur de travail homogène de l’outil

Le blé a la possibilité d’être désherbé mécaniquement par l’ensemble des outils de désherbage mécanique. Le passage de la herse étrille ou de la houe rotative ne pose pas de soucis. Mais le binage demande d’adapter les écartements de semis aux socs de la bineuse.  Cependant, il faut savoir que le passage de la bineuse est plus risqué et peut provoquer des pertes de rendements à cause des perturbations racinaires : rupture des racines liées à  un passage trop brutal sur sol sec, passage trop proche d’une pluie bloquant l’activité des racines …

Le désherbage chimique

Le désherbage chimique sur blé tendre s’effectue principalement sur deux périodes distinctes : à l’automne et en sortie hiver. Ce qui permet de distinguer des stades de cultures différents et donc des types de produits adaptés. Le désherbage d’automne constitue la base d’une stratégie de désherbage rentable et efficace, en réduisant la concurrence des adventices dès le début du cycle de la culture.

Les interventions en automne sont réalisés en prélevée ou post-levée précoce. On utilise des produits racinaires anti-germinatifs, dont les modes d’action présentent un faible risque de résistance. En cas de pression graminée faible à moyenne, un herbicide à l’automne peut être suffisant. Si la pression est plus importante, une deuxième intervention est possible à partir du stade 1-2 feuilles mais il faut respecter un délai de 15 jours et 20 à 30 mm de pluie avant cette nouvelle application.

En sortie hiver, les conditions d’applications sont différentes et un rattrapage peut être nécessaire en cas de forte pression d’adventices. On utilise des produits foliaires visant des graminées ayant déjà levé. Ces types d’herbicides sont très efficaces, mais possèdent un risque de résistance élevé. Le but est donc de combiner et d’effectuer un roulement des modes d’action par groupe HRAC (Herbicide Resistance Action Committee), en prenant en compte l’enjeu « résistance ».

De plus, vous pouvez améliorer l’efficacité des herbicides employés :

  • En intervenant avec des conditions climatiques favorables à l’absorption de l’herbicide, c’est-à-dire avec une hygrométrie élevée, un sol humide, pas ou peu de vent …
  • En associant des adjuvants aux produits herbicides
  • En ajustant la dose au stade de développement des adventices et au taux de salissement

Une stratégie de désherbage, établie pour chaque parcelle, repose sur l’identification des espèces d’adventices, leur densité, le type de sol, la rotation des cultures, le travail du sol… Une stratégie de désherbage performante en céréales doit donc s’appuyer sur des solutions agronomiques ou mécaniques complémentairement aux solutions chimiques. 

En complément, consultez notre dossier technique.