Quelles sont les alternatives aux anti-limaces ?

La limace se nourrit généralement de plantes vivantes ou de résidus. Elle est devenue un problème récurrent dans les agrosystèmes du monde entier, où l’objectif de recherche de rendement a réduit la réflexion sur l’aspect écosystémique de la parcelle cultivée. Pour se passer de molluscicide, l’objectif est alors de retrouver un équilibre.

Quelles situations favorisent les pullulations de limaces ?

Dans un écosystème stable, les espèces animales et végétales sont nombreuses et variées et un équilibre s’instaure entre les différentes populations qui se régulent entre elles. Dans un système cultivé, où l’homme privilégie la culture au détriment d’autres espèces, il est donc normal de voir se développer des ravageurs. Pour gérer les limaces, deux visions se confrontent. La première est plutôt orientée vers une gestion « curative » tandis que la seconde repose sur une approche globale et agroécologique dans le contrôle de la limace, toute intervention ayant des conséquences à court terme et à long terme sur l’organisation de l’agro-écosystème.

Pour comprendre quelles sont les situations à risque, il faut déjà bien comprendre la physiologie du mollusque. A la recherche de fraîcheur et d‘humidité, les limaces sont surtout actives la nuit. Elles se déplacent en surface ou dans les cavités du sol, jusqu’à 30 cm de profondeur. Elles aiment les surfaces motteuses humides où elles se réfugient pour se reposer et pondre, particulièrement en présence de débris végétaux qui entretiennent l’humidité de surface. Leur activité est maximale aux environ de 15°C avec un sol humide, et diminue fortement sous 5°C et par temps sec. La durée d’incubation des œufs dépend de la température : de 15 à 20 jours à 20°C à plus de 3 mois à 5°C. L’éclosion se produit lors des périodes les plus favorables : printemps et automne, au moment où les cultures sont à un stade souvent jeune et préjudiciable. La limace se nourrit de végétaux jeunes : colza, blé, orge, maïs, betterave, pomme de terre mais aussi les espèces de couverts végétaux.

Quels leviers permettent de limiter le développement des limaces ?

Les leviers agronomiques de court terme sont bien connus des agriculteurs : le travail du sol (labour et/ou déchaumage) permet de réduire les populations de limaces par destruction mécanique des œufs et des adultes, et par assèchement de la surface. La destruction mécanique n’est cependant pas une solution satisfaisante à terme puisqu’elle ne règle pas le fond du problème et les attaques se répètent d’une année à l’autre en fonction des cultures et du climat.

Dans le cadre d’une réflexion globale et de long terme, l’objectif est de favoriser la régulation naturelle par les prédateurs naturels comme les carabes. Pour les favoriser, il faut diminuer le travail du sol et implanter des infrastructures agroécologiques (haies, bandes enherbées, couverts végétaux complexes) ; la population de carabes peut mettre plusieurs années à se développer et montrer une réelle efficacité. Pour sécuriser la culture on peut actionner le levier d’évitement, qui consiste à éviter le problème en décalant la période de nuisibilité de la culture dans le temps ou dans l’espace par rapport à la présence du ravageur. La précocité du semis à l’automne et au printemps permet de réduire les attaques de façon significative ; la plante prend de vitesse les limaces, qui devront attaquer une plante plus développée. Cette stratégie est permise par le semis direct après récolte, notamment pour le colza et les céréales, mais n’autorise plus la pratique du faux-semis. Un semis plus profond des céréales d’hiver est également un moyen intéressant de réduire les attaques sur les semences germées. Enfin, des essais de semis de blé sous couvert de trèfle – plus appétant pour les limaces – ont montré que les limaces préfèrent consommer le trèfle, mais les effets annexes doivent être mieux mesurés (stress hydrique par exemple).

En dernier recours, l’action curative peut être envisagée, soit à l’aide d’un produit de biocontrôle à base de phosphate ferrique ou un molluscicide conventionnel à base de métaldéhyde. Il est important d’évaluer le risque en posant un piège pour pouvoir envisager un traitement éventuel.

Quelques chiffres

300 et 400 oeufs par ponte, pour une limace grise

7 espèces de carabes dénombré dans les parcelles à production intégrée et paysage bocager

4 espèces présentes en production conventionnelle et zone d’openfield

Testimonial client

« J’ai eu la chance il y a 6 ans de reprendre une exploitation dotée d’un environnement naturel et d’habitudes de travail favorables aux auxiliaires : nombreuses haies, travail du sol superficiel, couverts végétaux diversifiés. La Chambre d’Agriculture a effectué des comptages indiquant que des espèces de carabes diversifiées et rares sont présentes dans les parcelles. Mais pour aller au bout de la démarche il fallait supprimer les anti-limaces qui font des ravages sur les coléoptères auxiliaires. J’ai donc avancé la date de semis du colza, pour que les limaces arrivent au moment où la culture n’est plus vulnérable. J’ai pour projet de passer en semis direct pour réduire au minimum les perturbations du sol. J’utilise encore du Sluxx de temps en temps, mais l’objectif est de le bannir des itinéraires techniques car son impact sur les lombrics est avéré. »

Aurélie F. 80

Les préconisations de Margaux

Certaines exploitations voient leurs populations de limaces exploser malgré une utilisation croissante d’anti-limaces, tout simplement parce que les auxiliaires sont aussi supprimés et que les limaces ont des conditions favorables à leur développement. Il est important de bien comparer la physiologie de la limace et le développement de la culture pour savoir comment éviter les situations à risque. C’est un des préalables à une gestion raisonnée des mollusques. Sur le plus long terme, il faut songer à créer un environnement favorable aux auxiliaires : moins d’insecticides, le gîte et le couvert.

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