La luzerne, culture agroécologique à travers le monde


Contexte n°1 : Nicolas Lefebvre en Roumanie

Son étymologie vient du latin lucerna qui signifie « lampe ». En arabe, la plante se nomme al-fac-facah (qui a donné alfalfa), « père de tous les aliments ». La luzerne va t’elle donc « éclairer » nos pratiques agricoles ? Ses atouts sont connus des agriculteurs du monde entier même si les surfaces ont fortement diminué entre 1980 et 2000. La plus ancienne des légumineuses fourragères est présente partout, s’adaptant à la plupart des contextes pédoclimatiques ; elle répond aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux auxquels l’agriculture doit répondre.

Cet article – écrit sous une forme pédagogique – est le premier d’une longue série dont l’objectif est de réfléchir, sur la base de témoignages d’agriculteurs à travers le monde, à l’importance du contexte local pour comprendre pourquoi et comment la luzerne est cultivée dans ces pays, et d’imaginer des pistes d’évolution pour les agriculteurs.

Chaque article comprend la plupart du temps une ou plusieurs vidéos, parfois des photos et des documents d’approfondissement suivis de questions.

« La luzerne est le pivot de la fertilité des sols en grandes culture bio » Nicolas Lefebvre, Roumanie

Originaire de Namur (Belgique), Nicolas pose ses valises – et plante sa bèche – en Roumanie en 2010, après plusieurs expériences dans des fermes qui confirment son goût pour les pays de l’Est et lui permettent de comprendre le contexte Roumain. L’exploitation grandit peu à peu pour atteindre 1800 ha en 2017 avec 14 employés, 50% de l’équipe travaillant sur la partie production, l’autre sur les aspects administratifs.
Le passage en bio est effectué entre 2015 et 2017 et l’exploitation est aujourd’hui rentable mais Nicolas souhaite aller vers plus d’autonomie, et cela passe par l’auto-fertilité. Aujourd’hui les défis sont la gestion des adventices et la nutrition azotée dans un système où le travail du sol est réduit, mais pas supprimé… pour le moment. « Le travail du sol est notre seul herbicide ! » rappelle Nicolas. La rotation actuelle s’est construite peu à peu pour répondre aux enjeux de fertilité (chimique, physique, biologique) et de gestion des adventices mais aussi aux possibilités de débouchés.

Si la luzerne n’a pas d’objectif « fourrager », elle occupe une place essentielle sur l’exploitation comme l’explique Nicolas dans cette vidéo :

Les fonctions de la légumineuse sont différentes selon sa place dans la rotation, si oui ou non elle est associée à une culture annuelle, et selon son stade de développement. Ainsi, associée au colza et avec du trèfle violet, elle assure une protection du sol et une partie de la nutrition azotée. Nicolas teste également l’association avec le blé et ne manque pas d’idées pour les autres cultures. « J’ai tenté l’implantation de tournesol au strip-till dans une luzerne de 2 ans pour garder la luzerne un an de plus mais en y mettant une culture de vente » explique Nicolas. La préparation de la luzerne pour le semis du tournesol a été gérée en 3 passages : scalpage à l’automne sur une bande de 20 cm, travail en profondeur le lendemain sur la même bande puis au printemps un nouveau passage pour nettoyer la bande de semis. Le tournesol est semé à 70 000 pieds/ha et les luzernes ont été broyées le lendemain. Après une belle levée la luzerne reprend le dessus et le tournesol n’a pu se développer du fait d’une compétition trop importante. Nicolas souhaite renouveler l’essai en améliorant certains points.
Les rendements en blé sont de 40 quintaux en moyenne avec des pointes à 60 quintaux après luzerne, « un résultat rare même en conventionnel » dans la région.

Photo : Broyage de la luzerne après semis du tournesol, en double culture (Nicolas Lefebvre)

Questions pour réfléchir :
Pour chaque question il est parfois impossible de donner une réponse précise. Le travail sera alors de noter les éléments manquants à demander à l’agriculteur pour pouvoir fournir un véritable conseil.

1) Quel est le contexte pédoclimatique idéal pour la luzerne ? En quoi le contexte de Nicolas Lefebvre est-il adapté (ou non) à la production de luzerne ?

2) Proposez un schéma de l’itinéraire technique de la luzerne sur cette exploitation. Quels éléments sont manquants pour pouvoir bien comprendre l’itinéraire technique et terminer le schéma ?

3) Les aides sont elles différentes en France et en Roumanie pour la production de luzerne ? En quoi cela peut-il influencer les surfaces de luzerne de l’exploitation ?

4) Quels sont les critères de choix des variétés de luzernes ? Quelles variétés sont les mieux adaptées au contexte de Nicolas Lefebvre ? Quels éléments sont manquants pour faire un bon choix ? Proposer une liste de questions à poser à Nicolas.

Quelques chiffres

  • 380 variétés de luzerne sont inscrites au Catalogue européen des espèces et variétés
  • 30 à 40 unités, c’est la quantité d’azote restitué, en moyenne, par la luzerne à la culture suivante
  • 33 millions d’hectares, c’est la surface de luzerne dans le monde (environ 600 000 ha en France)

Pour mieux comprendre :
– Article sur A2C.com « Régénérer les sols sur « un bout de planète »

Opaline Lysiak

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