Intérêts du sainfoin en Champagne crayeuse

Le sainfoin était cultivé partout en France au siècle dernier. Ses fleurs rose vif ont peu à peu disparu des paysages au profit de cultures comme la betterave sucrière ou la luzerne. Rustique, mellifère et doté d’une grande valeur alimentaire, il revient dans l’Est de la France, intégré aux systèmes en tant que culture fourragère et/ou couvert végétal.

Dans quelles situations pédo-climatiques implanter le sainfoin ?

Le sainfoin (Onobrychis sativa) est une plante vivace à racine pivotante profonde qui mesure 50 à 70 cm de haut avec des grappes de fleurs striées de rouge et de blanc. Son appartenance à la famille des fabacées rend la plante adaptée aux pH situés entre 5,5 et 8, intervalle idéal pour les bactéries Rhizobium fixatrices d’azote vivant sur les racines. Les sols calcaires superficiels sont tout à fait adaptés pour le sainfoin, capable d’aller puiser l’eau en profondeur grâce à son pivot puissant. En revanche, les sols hydromorphes, argileux ou acides réduisent fortement l’activité des nodosités et par conséquent le potentiel du sainfoin. En fait, il valorise bien mieux les sols séchants, on le qualifie de « plante pionnière » pour enherber les zones « difficiles ». Contrairement à la luzerne le sainfoin supporte les gelées de printemps jusqu’à -4°C et peut être pâturé après des épisodes climatiques extrêmes. Cette plante apporte donc aux éleveurs davantage de sécurité dans la production fourragère.

Quelle place du sainfoin dans les systèmes de production ?

Si l’étymologie du mot « sainfoin » reste floue, on peut la rapprocher de la capacité de cette plante à améliorer l’état sanitaire général des ruminants. Ses fibres sucrées rendent l’espèce très appréciée, et elle n’est pas météorisante ce qui autorise sa consommation directement sur pied. De nombreuses études ont prouvé que sa richesse en tannins condensés (6%) permet de réduire le parasitisme intestinal des animaux. Enfin, les rejets de méthane sont limités et l’efficacité alimentaire de la ration améliorée. Semé en prairie le sainfoin a une pérennité de 2 à 3 ans ; il a toute sa place en mélange même s’il reste peu agressif et sensible au piétinement. Il permet de produire un foin de qualité, avec un rendement compris entre 6 et 9 tonnes par hectare pour les variétés à 2 coupes. Le mélange sainfoin + luzerne + dactyle est intéressant car le sainfoin produit une grande quantité de fourrage dès la première année en complément de la luzerne.

Au sein des systèmes de culture, le sainfoin constitue une très bonne tête de rotation, particulièrement intéressant pour restructurer le sol et l’enrichir en azote avant une céréale. Lent à s’installer, il n’est adapté à un usage en interculture que s’il est semé en anticipant sous couvert de la culture précédente. Semé sous couvert de blé, il se développe après la moisson et peut être ensuite récolté, pâturé, ou incorporé au sol pour apporter jusqu’à 100 unités d’azote, par exemple dans les systèmes en agriculture biologique. En tant que couvert permanent pendant 2 ans maximum, il apporte de la matière organique, constitue un abri pour la faune sauvage et limite fortement l’érosion. Moins capricieux que la luzerne à l’implantation, peu exigeant en phosphore et en potasse, nécessitant rarement de traitements phytosanitaires, le sainfoin dispute avec la luzerne le podium des plantes lauréates pour l’agroécologie.

Quelques chiffres

+ de 500hectare de sainfoin cultivés entre l’Aubre et la Marne

30 à 35%de rendement supplémentaire en première coupe par rapport à une luzerne pure

Testimonial client

« Je sème du sainfoin – 40 à 50 kilos de graines décortiquées – sous couvert de blé en février, qui se développera après la moisson grâce aux pluies d’automne. Je le récolte en partie en foin pour mes chèvres, la deuxième année est souvent valorisée en pâturage. J’ai choisi le sainfoin car une grande partie de mes terres sont argilo-limoneuses avec un substrat crayeux, idéal pour cette légumineuse. Une partie des surfaces en sainfoin est déshydratée par la coopérative la plus proche. Des voisins apiculteurs ont mis des ruches près de mes parcelles ; le miel de sainfoin, rare, est un produit recherché dans la région »

François G. 51

Les préconisations de Margaux

Les variétés de sainfoin dites « doubles » autorisent deux coupes par an, contrairement aux variétés « simples », moins productives mais plus adaptées à la pâture et résistant mieux au froid. Les variétés doubles sont conseillées dans le Nord-Est de la France où les sécheresses sont moins violentes. La dose de semis est à adapter en fonction de plusieurs facteurs. Si les semences se présentent sous forme de cosse, la dose de semis conseillée est de 140 à 150 kg/ha. Si les graines sont décortiquées on réduira la dose d’un facteur 3, soit 40 à 50 kg/ha. En mélange ou sous couvert de céréale, il faudra également diminuer la dose de semis.

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