Gestion

Cuma du Pavé de Juranville : 16 adhérents, 690 ha irrigables – Bilan de la dernière campagne et perspectives

L’entité compte seize adhérents pour une surface irrigable de 690 ha : bilan de la dernière campagne et perspectives.

La Cuma du Pavé de Juranville n’avait jamais connu cela…

La Cuma en un coup d’œil

  • Année de création : 1968.
  • Président : Jean-Christophe Huré (depuis 1996).
  • Chiffre d’affaires : de 35.000 à 55.000 € selon les années.
  • Activité : irrigation.
  • Surface irrigable : 690 ha.
  • Année de construction des trois forages : 1968, 1991 et 2002.
  • Distance du réseau : 15 kms.
  • Prélèvements : bassin du Fusain (nappe de Beauce).
  • Volume autorisé : 500.000 m3 par an.
  • Montant du capital social : 66.000 € à raison de 229 parts sociales d’un montant unitaire de 228 €, une part sociale correspondant à trois hectares.

« La Cuma a été créée pour la pomme de terre. Puis quelques-uns ont voulu amortir les installations avec la betterave. L’irrigation des céréales est arrivée en 1976 » raconte Jean-Christophe Huré, le président de la Cuma du Pavé de Juranville. L’organisation dispose de trois forages. « À chaque fois que nous avons refait un forage, c’était pour conforter la performance de l’irrigation et le périmètre irrigable. » Les forages, le matériel de pompage ainsi que le réseau enterré sont gérés de façon collective. Initialement, la Cuma proposait la couverture intégrale : tuyaux et petits jets. « Or il fallait déplacer les tuyaux plusieurs fois par jour, ce qui nécessitait deux ou trois heures de main-d’œuvre pour chaque opération. »

Au début des années 1980, quelques irrigants sont passés à l’enrouleur et, à la fin de la décennie, le système s’était généralisé : aujourd’hui, il y a une dizaine d’engins qui peuvent fonctionner en même temps. Ces derniers appartiennent aux agriculteurs. « Quand on est propriétaire de son matériel, il est mieux entretenu » juge Jean-Christophe Huré. Toutefois, de 1996 à 2011, ce dernier a utilisé un enrouleur ayant appartenu à une Cuma et n’a pas eu à s’en plaindre…

« La participation de chaque exploitant est exactement la même pour tous : nous raisonnons en surface irrigable. » Soit 690 ha. Le montant de la part sociale s’élève à 288 € sur la base du tiers de la surface irrigable. Par exemple : un agriculteur ayant quarante-cinq hectares irrigables disposera de quinze hectares de parts sociales, soit 4.320 €. Explication : « Nous partons du principe que le tiers des surfaces irrigables est constitué de têtes d’assolements : betterave, maïs et colza. Des cultures qui nécessitent d’être irriguées à un moment donné : le maïs et la betterave durant la période estivale. Le colza, lors des semis de septembre. Quant aux céréales, l’irrigation intervient en fonction des conditions météorologiques. »

Un parcellaire redessiné depuis la mise en service de l’A19

Un parcellaire redessiné depuis la mise en service de l’A19

 

La Cuma est propriétaire des forages et du réseau

La Cuma est propriétaire des forages et du réseau

Aucune prise de risque

Jean-Christophe Huré : « Les Cuma sont demandeuses de courant à une époque qui n'est plus une période creuse. »

Jean-Christophe Huré : « Les Cuma sont demandeuses de courant à une époque qui n’est plus une période creuse. »

Jean-Christophe Huré : « Les Cuma sont demandeuses de courant à une époque qui n’est plus une période creuse. »La facturation comporte des frais fixes : remboursement des emprunts, location des compteurs et amortissements. Ces frais fixes sont indexés sur la part sociale : 120 € l’unité. Les frais variables se composent de la consommation d’électricité et de l’entretien des installations. Leur répartition entre les adhérents s’opère en fonction du volume d’eau utilisé et sur la base de 65 € les 1.000 m3. La Cuma du Pavé de Juranville est autorisée à prélever jusqu’à 500.000 m3 par an. Sur le bassin du Fusain. « La nappe de Beauce est un peu comme une assiette creuse : son amplitude est plus forte sur sa périphérie qu’au centre. En périphérie, elle peut monter plus facilement mais aussi descendre plus vite. Un phénomène marqué sur le Fusain et, si l’eau vient à manquer, l’administration prononce une interdiction d’irriguer. Vingt-quatre heures, cela se gère. Au-delà, c’est plus compliqué. »

Alors qu’en moyenne décennale les prélèvements de l’entité sont de 270.000 m3, les exercices 2012, 2013 et 2014 se soldés par des volumes respectifs de 95.000 m3, 170.000 m3 et 190.000 m3. « Lors de ces trois dernières années, nous avons connu une période estivale pluvieuse. Toutefois, en 2014, la sécheresse du mois d’avril a occasionné l’essentiel de la consommation : 145.000 m3. » L’année précédente, la campagne s’est arrêtée le 4 juillet. « Cela n’était jamais arrivé. » Jean-Christophe Huré ajoute : « On peut irriguer la betterave jusqu’à la mi-août. Après c’est risqué car cela peut être au détriment de la richesse saccharine. (…) Ensuite, il n’y eut aucune prise de risque par rapport aux conditions agronomiques du moment. En terre argileuse, après la dernière irrigation, il faut une période de ressuyage pour éviter les désagréments lors des travaux d’automne. »

De 100.000 m3 à 500.000 m3

En 2011 et 2012, l’entité a réalisé pour 100.000 € de travaux suite au remembrement consécutif à la mise en service de l’A19. « Des canalisations ont été déplacées et certaines d’entre elles ont été remplacées. Le nouveau parcellaire fait gagner du temps et offre une meilleure valorisation de l’irrigation. » En revanche, la disparition annoncée des tarifs jaune et vert suscite des interrogations. Au cours des dix dernières années, les coûts variables de la coopérative ont été multipliés par deux à cause de la consommation d’électricité. Selon les années, les prélèvements d’eau de la Cuma du Pavé de Juranville peuvent aller de 100.000 m3 à 500.000 m3. « Question : quelle quantité d’électricité contractualiser avec notre fournisseur ? Sur la base de 100.000 m3 ou de 500.000 m3 ? Pour une ou plusieurs campagnes ? Que se passera-t-il s’il y a un surplus ou au contraire un manque ? »

Jean-Christophe Huré poursuit : « Les Cuma sont demandeuses de courant à une époque qui n’est plus une période creuse : la climatisation est devenue plus gourmande que le chauffage. Cela orientera-t-il les prix à la hausse ? Si je fais un bon choix, je n’aurai aucune médaille. Mais si j’en fais un mauvais, la Cuma en subira les conséquences. En aucun cas je ne déciderai tout seul : j’organiserai la réflexion au niveau du bureau, soit six personnes, qui se feront l’écho de l’ensemble des adhérents. »

Olivier JOLY